Je chante des airs qui me reviennent.

Je chante des airs qui me reviennent
Fais attention à tes yeux pendant qu’on rallume les lumières.
Croire un peu quelque chose mais pas complètement ça.
Quelqu’un prend ma douce pour moi.
Ouain mais d’habitude on s’habite.
Les yeux fermés. Les ouvrir. Les yeux fermés. Les yeux ouverts. Vois-tu. Vois-tu tes yeux ou les miens fais-tu la différence sans tes lunettes d’adolescente.
Y’aura des friches des bouches collées aux vitres des autobus
D’espoir. 

Une nouvelle pelletée sur la montagne pour dire simplement les mots que nous avons lus hier dans les journaux
Les miroirs reflètent la vérité si on les apprivoise.

Mais une belle image ne suffit pas pour que surgisse un personnage, un paysage.
Ainsi donc
Tes lèvres sont des antilopes.
Ton dos une cuisse de bouc.
Tes ongles sont des chevreuils effilochés.
Ta bouche une tortue retournée.
Ton ventre est un chat, ton ventre un lapin, ton ventre un petit chien saucisse.
Tes cheveux sont des abeilles en forme.
Tes yeux des fesses de libellule.
Tes bras sont des fleuves.
Tes doigts des baobabs apprivoisés.
Ton nez un pinson des prés, tes oreilles se lavent dans leur lit accidenté.
Il brasse des vagues animales sur ton corps naturel
Et des signes de choses sur l’humanité de toi
Tu es un règne sans dessus-dessous
Tu es mêlé assez mêlé pour que je t’aime tout à fait.
Tes jointures sont des chameaux et tes orteils des dromadaires
Tu as des grenouilles au bout des tétons, des grillons au fond du nombril
Des toiles d’araignée te pendent au bout des cils
Des raies font la sieste sous les pieds.

Tes joues sont des ailes de mésange
Qui vont
Ta voix une envolée
Qui revient

Tu fais le tour de la cour et tu repars et te retournes et miaules
Tu es une anguille sur roche un poisson pas d’avril une truite saumonée qui remonte le courant de ma vie et la tienne en même temps.
Tes sourcils sont les écureuils du parc, ton front le terrain où ils passent le jour
La nuit bouge entre tes dents d’hiboux
Petites vies vivantes, vénéneuses et vibrantes.
Parce que tes fesses sont des kangourous et ton pénis un koala
Tes genoux ont le visage des agneaux grecs et tes mollets la figure des hippocampes
Ton poitrail est un requin blanc
Et ton torse une baleine à bosses.
Tu passes inaperçu dans la steppe de l’animalerie qui t’habite
Parce que d’habitude on s’habite
La faune nous laisse la flore d’entrée.

Blanchiment (ça fait longtemps)

C’était la fois.
Tu sais la fois où comme jamais tu ne fais.
La fois où tu mentais.
La fois comme les fois qui jamais n’arrivent avec toi.
La fois où tu rougissais tes mensonges et rougissais par-dessus ton rougissement fâché après toi-même de rougir ton rougissement qui te faisait rougir, l’écoeurant.
C’était la fois où tu mentais.
Tes orteils en compote au bout de la table le disaient.
Ton attention d’étudiant trop attentif en fin de session par une journée d’hardcore printemps où tout le monde est déjà en vacances où le soleil joue à la tag-barbecue avec ta motivation, ton attention d’étudiant anormalement vive à neuf heures du soir sur ton écran d’ordinateur sur tes notes de cours régulièrement plates.
C’était la fois où tu riais comme un petit gars les culottes à terre sur la terrasse d’en-arrière.
Pogné à jouer avec son pénis.
Quand maman avait demandé d’aller chercher dans le jardin du basilic.
Deux trois queues de menthe si tu les trouves.
Une tomate sur le chemin du retour.
Niaise pas là j’en ai besoin pour la sauce.
Mais on t’a pogné les culottes à terre.
Fâché de pas pouvoir les baisser dans le salon.
Gêné d’avoir envie tout le temps.
De faire pipi et autre chose.
Qui ne se disent pas les culottes à terre même si c’est là qu’on les voudrait en tant que petit gars gêné, nulle part ailleurs. Surtout pas ceinturées aux hanches. Dérangeantes d’être toutes pognées dans l’entre-jambes.
Te souviens-tu cette fois-là dans le salon qui est aussi la chambre qui fait aussi office de séjour de boudoir de solarium. C’était la fois où tu étais un petit gars qui riait jaune moutarde.
Ça fittait avec tes joues ketchup.
Pis tes pieds vireraient bientôt au vert à force de se crisper pour se taire.
C’était la fois te rappelles-tu où tes lèvres ployaient sous la morsure de tes canines du bas.
Se taire.
La fois où tes épaules rentraient trop par en-dedans
Voulant
Freiner les niaiseries que ton cœur aurait pu avouer. Les cœurs aiment ça dire la vérité. Les corps c’est une autre histoire, les corps s’engoncent en croyant se protéger. Ils se croient puissants en détenant la vérité comme une otage adolescente russe dans un sous-sol encastré.
Une jeune fille à peine femme. Blonde.
Les cheveux sales.
Triste.
Sa peau comme une lumière.
La sienne, la tienne.
Te souviens te sens-tu.
C’était la fois te souviens-tu la fois, où tu mentais, la seule des deux fois de toute la vie parce que tu mens jamais tu es trop près des adolescentes violentées de ton cœur pour ça.
Ton père t’a appris l’honnêteté.
Tu l’aurais fâché cette fois-là.
Avec tes petits cheveux que soudain t’aurais aimé beaucoup longs beaucoup plus utiles et pertinents n’est-ce pas.
Ta barbe que t’aurais donc aimé pas tout juste rasée pour ton travail d’homme courtois qui fait plaisir aux yeux.
T’aurais aimé ça cette fois-là que ta barbe ne fasse pas plaisir, mais fasse ce qu’elle avait à faire.
Cacher.
Sauf que je la trouve belle moi ta barbe.
Naturelle.
Laissée-allée.
J’aime ça moi quand t’es pas rasé depuis une semaine.
Je t’aurais fait l’amour sans cesse moi sur les crottes de vache en Inde, dans l’argile africaine. Quand ta barbe était vieille de cent ans sans qu’elle ne cherche à camoufler une miette une seconde.
Te rappelles-tu ce soir-là tu t’étais rasé t’avais pus rien pour cacher ce que t’aurais voulu cacher.
Tes menteries.
Que tu contes jamais.
Les mensonges.
Que tu n’abordes pas.
Tu es un matelot, un soldat.
Tu veilles au large, tu es sensible, ton cœur abrite une vérité que jamais JAMAIS je n’ai besoin ni envie de questionner.
Du coup pour honorer les mers et les intempéries, j’ai décidé de danser avec tes soubresauts de vie
Et peindre le bord de tes cheveux trop délimités en huile acrylique présentable en galerie d’art contemporaine (dire le e)
Et au lieu de m’enfarger m’encolérer écrire écrire ton bord de bouche pincé
Ton rire d’enfant affronté
Tes muscles d’épaules étrangement repliés
Ton silence forcé
Tes “je m’en fous j’ai rien à cacher j’te le dirais bébé”
Cette fois-là je suis sûre que tu t’en souviendras dans ta dernière phrase de la soirée j’ai décidé de retenir surtout ton “je m’en fous”.

Lou louerait mais Lou Lipton.

J’aurais pu faire psychiatre j’ai fait plate-bande
J’aurais pu faire dictionnaire j’ai fait cinéma de brousse
J’aurais pu faire tranquillement j’ai fait bloc-note
Sentinelle
Coussin
J’aurais pu faire oblong j’ai fait bagatelle.

J’aurais pu faire chirurgien j’ai fait jardin
J’aurais pu faire motif j’ai fait uni j’aurais pu tapis j’ai tapisserie
J’aurais pu chanteuse d’opéra j’ai pelouse
De basse-cour
Ma robe brillait comme du vin rouge dans une barque de main.
J’aurais pu condominium de plein pied j’ai bicoque en poupe
J’aurais pu proue j’ai poupe
J’aurais pu plume j’ai stylo j’aurais pu couverture j’ai peau.
J’aurais pu sacoche j’ai sac à dos, j’aurais pu mains j’ai l’endos.
J’aurais pu téléphoner j’ai sonnerie j’aurais pu composer j’ai chanson.
J’aurais pu muffin j’ai clafoutis j’aurais pu canapé j’ai
Brisé.

J’aurais pu vouloir mais y’aurait pas fallu tant que ça
J’aurais pu tête j’ai dessous de bras
J’aurais pu tartelette aux prunes blanches j’ai scone à l’avoine j’aurais pu glaçage j’ai mie
J’ai biscuit
Soda
J’aurais pu sel mais j’ai pas.

J’aurais pu Avenue des Amandiers j’ai rue des pins
J’aurais pu vin j’ai lèvre
J’aurais pu tumeur j’ai bouchée j’aurais pu sac de couchage j’ai montgolfière
J’ai allaitement
J’ai lumière
J’aurais pu langage j’ai préféré véranda. J’aurais pu eucalyptus c’est sûr, j’ai pomme pour dire. J’aurais pu casque j’ai bigoudis y’avait déjà clafoutis.
J’aurais pu ruban j’ai romanichelle
J’aurais pu gitane j’ai jean-coat j’aurais pu BMW j’ai table de chevet j’aurais pu attacher robe de chambre j’ai échappé Kilimandjaro.

J’aurais pu e-mail j’ai lanterne
J’aurais pu sentier j’ai lumignon.
J’aurais pu faire rapide j’ai fait moyen
J’aurais pu Guadeloupe j’ai chalet
J’ai changé
Pendant que tout restait en Caraïbes j’ai trench-coat en campagne.
J’aurais pu bronzage j’ai tulle j’aurais pu déontologie j’ai coton
J’aurais pu linoléum j’ai lin.

J’aurais pu sérialiser j’ai déchanté
J’aurais pu périr j’ai matelot j’ai même inventé un mot.
J’aurais pu être portfolio j’ai couché ciel
J’aurais pu être roche j’ai été anguille
Sous
Anguille sous
Roche.

J’aurais pu faire j’ai être
J’aurais pu être carrée j’ai choisi pique-nique
J’aurais pu faire poète aussi. J’ai tourné les coins ronds. J’aurais pu été mais ce sera l’automne après le dîner c’est quelque chose qui me fait aimer le subjonctif dans la vie sans pour autant comprendre le plus-que-parfait autant que je l’aurais pu.

C’est pas moi qui ai inventé le système mais baldaquin dans les craques. J’aurais pu emmener mes tibias en promenade et c’est pas mal ça que je fais ; courte-pointe, tu sais.
Je suis tomate en croûte quand j’aurais pu répéter sac de plastique de supermarché
J’aurais même pu cabas de tissu organique mais j’ai pris les chatons pour des châteaux et ma tête pour un plateau.
J’aurais pu tablette j’ai bonnet
J’aurais pu trône j’ai trousse
J’aurais pu voir j’ai vu j’aurais pu tôt j’ai tard j’aurais pu crème de nuit j’ai troubadour dans le Midi. J’aurais pu suivre le mode d’emploi j’ai loué l’harmonie
Elle m’a coutée un mois de loyer mon propriétaire m’a même pas appelée
J’aurais pu question j’ai question encore j’aurais pu pourquoi j’ai pourquoi pas j’aurais pu réponse j’ai flûte à bec
J’aurais pu doute j’ai renoncement
J’aurais pu pathétique j’ai plante verte.
J’aurais pu dire des choses laides mais j’ai écrit un poème je l’ai intitulé « Lucie mange des fleurs de thé Lipton »
J’aurais pu faire Lucille, j’aurais peut-être dû mais quand j’ai fait Lucie je me suis dit que j’aurais même pu aller jusqu’à Lou.

La lumière du frigidaire

image

Pour un bébé de deux semaines retrouvé dans les décombres de Gaza
Vivant
Aujourd’hui j’ai lu l’actualité.
Pour un pilote qui offre de la pizza à tout l’avion, pour des hôtesses de l’air la bouche pleine le sourire en coin, pour les miettes sur les dossiers léchés pour les boîtes trônant dans les allées pour les passagers partageant les accoude-bras pour une fois
Pour ça aujourd’hui j’ai parcouru l’actualité.
Pour l’annonce d’une excursion mise à rabais où les guides seront les étoiles
Pour apprendre que le Costa Rica est nationalement désarmé et que la Bolivie considère les crimes contre la Terre comme des homicides pour vrai
J’ai lu les nouvelles. L’état du monde. Les choses qui se passent, comme tu dis froidement.
Je gèle quand le journal crie et que personne pleure.
Non mais tu comprends pas j’ai vraiment vraiment froid pour vrai.
J’ai froid quand on pose les yeux mais qu’on lève le nez
Je sais que c’est très difficile qu’on a le goût de savoir sans sentir qu’il faut probablement mettre des frontières sur notre corps à quelque part
Mais j’ai froid pareil, les manteaux d’hiver me tombent aux chevilles, j’ai jamais été bonne de saison. L’actualité me donne l’hypothermie depuis longtemps. Alors j’ai trouvé des mitaines, tu les appelles des solutions, mon psychologue des mécanismes de défense.
Une façon de voir et d’entendre parce que ce qu’il y a à voir et entendre est parfaitement inaccessible et c’est justement pourquoi mes mitaines me permettent de mettre le doigt au froid.
Alors pendant que tu scroll ton fil de nouvelles, je m’assois dans les chroniques d’opinions. Je prends de l’air dans les reportages sur l’Islande et les routes inconnues du Mexique austral. Je m’enroule dans les recettes d’aubergines à la turc je me réchauffe dans les mots de ceux qui les écrivent dans les notes de celles qui les fabriquent.

Sauf que la magie des fois est ailleurs que là où on pense la trouver. Faut regarder ailleurs que là où on est tellement habitués de chercher. Et vu dans dans la vie j’ai choisi de traquer le merveilleux sous le tapis du quotidien, aujourd’hui j’ai quand même décidé de me tenir près du frigo de la presse écrite. Je me suis taché les doigts dans sa suie. Je les ai essuyés sur mes joues après. Juste à côté de mes yeux, mes yeux curieux. Mes yeux exploréens mes yeux intéressés mes yeux qui prennent les glaçons avec leurs mains. Ils ont des mitaines tu te souviens. Ils me viennent tous seuls, j’ai même pas besoin de les appeler. Mes yeux curieux sont de moi. Ils vont de soi. Ils sont le jeté qui traine. Le lainage mou. Un chaton roux. Une tisane aux épices en octobre dans une grosse tasse sans poignée.

Aujourd’hui j’ai lu l’actualité en slalomant et au bord du chemin j’ai rencontré des pompiers qui allument des feux pour apprendre à les éteindre
J’ai bravé la corruption municipale pour connaître le dernier été polonais de ta tante, traversé la Syrie pour lire les roquettes comme des bouchées de salade fraîche dans l’été tardif, je suis passée devant les camps saignés pour rencontrer des adorateurs du diable aux prénoms les plus mimis du monde.
J’ai aussi trouvé l’humilité des scientifiques qui espèrent se tromper plus que tout
Et l’honnêteté d’une vingtaine athlétique qui prend tout naturellement sa retraite.
J’ai trouvé un piranha végétarien dans les petits encadrés que tu survoles trop vite
Et un record Guinness d’embrassade d’arbre en marge presque tombée en-dehors du papier
C’est notre voisine qui le détient
Elle a réalisé l’exploit au parc où je m’étends chaque jour
Même
L’hiver
J’ai moins froid quand j’ai l’assurance que notre planète est tellement située à la bonne place dans la voie lactée
Alors aujourd’hui j’ai lu l’actualité en passant un linge blanc sur trois siècles de guerre
J’ai traqué la lumière dans le frigidaire
Et reçu la belle menace d’une invasion de coccinelles asiatiques
Comme un œuf au chocolat fondant dans une chasse au trésor mi-cuite
Ce que tu trouves ça dépend de ce que tu cherches sérieux.

Et aussi les mitaines.

Elle était l’irrécupérable. Elle griffonnait des poèmes et rendait sa mère folle. Elle possédait une beauté innommable, trop dangereuse pour être dite. Mais de toutes, elle était la plus vulnérable et cette beauté était comme une malédiction qu’elle portait et dans laquelle elle s’empêtrait sans cesse.
En Inde je m’assoyais comme ça. Je regardais la lumière du jour, le matin le midi et au soir je me disais : okay je suis encore là, y’a pas de problème.
Une douce glânerie au fil de mes flâneries

Xavier Dolan qui fait que mon cœur se twiste quand un adolescent danse avec un carrosse d’épicerie dans un stationnement
Xavier Dolan qui fait que mes poumons se placent en posture de yoga
Une variation avancée.
Xavier Dolan qui provoque la gymnastique de mes organes avec des bouts d’élastiques, des miettes cinématographiques
Il m’aplatit de dépit m’enroule de découragement à l’aide d’une seule phrase de cahier d’exercices mathématiques : “Une matrice colonne est une matrice colonne qui a une seule colonne.”
Arke.

Xavier Dolan qui me fait trouver ça tendre un enfant qui bâillonne sa mère
Et donne un bec sur sa main sur la bouche de sa mère
Xavier Dolan qui fait qu’on sent qu’il voudrait sûrement lui faire l’amour mais c’est comme un oiseau
Un Kleenex qui vole doucement
Une pétale tombée dans une paume tremblante
Toié là toié là j’t’aime toié. Même si tu m’fais mal là.
Et l’oiseau bat de l’aile (les deux).

Xavier Dolan qui fait que je vois un couteau sur une joue sous le coup d’un rayon de soleil
Xavier Dolan qui me donne envie de me tatouer “par devant Réjean pas par derrière Robert”
Sur le bras
Là où je me ferais jamais tatouer sinon mais là ça devient un mantra de vie qui mérite de nouveaux horizons.
Xavier Dolan qui dessine l’émancipation sur du Céline Dion
Et toute la fragilité dans l’etcetera d’une mère monoparentale.
Xavier Dolan qui me fait guetter les reliefs dans les visages comme des mouvements sismiques qui voudraient dire tu vis ou tu meurs
Xavier Dolan implique des frémissements vitaux dans ma vie aujourd’hui
Xavier Dolan me fabrique l’injustice en-dedans devant un sac de plastique qui lâche
Xavier Dolan couche une doudou dans du papier à bulles et insère tout le dictionnaire dans un hmm
Xavier Dolan me fait voir une crosse de pape dans un cellulaire en l’air
Et le plus sincère des je t’aime dans le plus chuchoté des t’es loin d’être un tas d’marde.
Xavier Dolan qui a jamais autant mis d’espoir que dans le fou rire de deux femmes au cœur d’un orage
Et qui me fait dire ta gueule à un mari qui appelle doucement sa femme du perron pour le souper, le souper est prêt c’est bon chaud mon amour, c’est prêt.
Xavier Dolan qui me donne le goût de tremper des biscuits à l’érable dans du vieux thé Salada
Qui m’a fait entendre les mamans dans chaque Steve qu’elle a crié
Et m’a fait pleurer tout le cinéma en statuant que nous deux on s’aime han c’est ce qu’on fait de mieux.

Ça fait que Xavier Dolan qui me fait aller aux pommes dans mes poches
Ça fait que Xavier Dolan qui amène la campagne la plage la forêt tropicale dans les trottoirs de banlieue
Ça fait que sinon tarte ou croustade toi (tu peux prendre les deux).

La mer Basique

Tout d’un coup j’ai eu le goût
D’être plain and good.
Basic
Real
Human human.
Rien d’amélioré, de particulier
Pas de spécificité, d’étincelle
De saveur ou de tonalité
J’ai pus eu le goût d’être tant que ça un poème et faire minutieusement de ma vie une œuvre d’art
Ça voulait pas dire de pas porter attention mais juste de pas la faire, l’attention. De pas le faire, attention.
D’être même pas moi-même.
D’être quelque chose d’encore plus ordinaire que moi-même.
Quelque chose de plus relax, lousse, libre mais pour vrai.
Pis peut-être un peu faux en même temps
J’ai pus eu le goût de penser à la vraie vérité
De la cerner la déciférer la servir avec zèle et beaucoup d’accents
J’ai pus eu le goût de mettre un pied devant l’autre comme une cérémonie j’ai eu le goût d’être clumsy pis que ce soit ça la vérité. Simple et crue, laid-back jusque dans le dos. J’ai pus eu le goût d’une vie avec laquelle la vérité serait en parfaite et constante concordance. J’ai eu le goût de trébucher et pas être gracieuse en embrassant la chute. Juste chuter en chutant. Chut.
J’ai eu le goût de manger juste pour dire sans trouver ça particulièrement savoureux sans m’extasier de l’intérieur sans remercier la terre entière du cœur
Juste manger là. On se donne un break des fois.
J’ai eu le goût de juste écouter sans pratiquer l’écoute active, d’écouter des fois et de parler souvent, finalement. De pas peser chaque mot vérifier s’il vaut à chaque fois l’or du silence
Le silence peut être de bronze ou de carbone han, on va se donner un break là.
J’ai pus eu le goût d’être avec un grand Ê un être dont on se souvient
J’ai eu envie de juste être assise là avec un petit a. Sans histoire sans aura sans caprice sans tonalité propre
J’ai eu envie de plus tant porter de chanson singulière dans les vagues de ma voix douce
De passer mes doigts de cette manière-là dans ces cheveux savamment mêlés-là
Me les approprier
Sont pas à moi là
Pis sont courts en-dessous si tu savais pas et passés au fer esthétique parfois.
J’ai pus eu le goût de mettre des adjectifs dans ma tête
De bagues significatives à mes doigts
De chaussures porteuses de sens quotidien
De Choisir en pleine Conscience des vêtements pour leur relation à la vibe intérieure du jour
J’ai eu le goût de juste être dans le jour avec des petits j.
Tout d’un coup devant un plat de tofu avec des légumes coupés normal du riz cuit correct du jus épicé moyen
J’ai eu le goût de manger comme tout le monde sans utiliser les doigts en même temps que la fourchette sans transformer en miettes sans fabriquer des bouchées symboliques de vie condensée
J’ai eu le goût du régulier, pas du sauté fricassé rissolé grilladé épépiné aldente
Le goût de plus tant bâtir de chacun de mes gestes, reconstruire en prenant exemple sur les respires, apprendre de chaque gorgée de lait
Pas constamment prendre conscience de la synchronicité avoir en tête les quatre accords toltèques repasser les yoga-sutras dans ma tête
Je sais comment faire tout ça
J’ai eu le goût de le défaire, cette fois-là.
J’ai vraiment eu le goût d’arrêter de huiler la machine
D’encourager de cultiver de célébrer de rappeler revoir réitérer
C’est compliqué
J’ai juste arrêté deux secondes
De pas comme boire dans un pot masson marcher nus pieds tout le temps dans le gazon de toutes les saisons prôner les trois R ramasser les journaux dans les poubelles comme une Robinette des bois en ville
On va se donner un break okay.
J’ai eu envie d’être plain and good and norm to the core
Et ça l’a fait
From the core but not to the bone
Pis non c’était pas comme par magie.